Comme dans L'Écrivain des ombres, ou plus récemment dans Exit le fantôme, le narrateur de La tache (The Human Stain) est Nathan Zuckerman, professeur d'anglais à l'université en retraite.

Coleman Silk, ancien professeur de lettres classiques et doyen d'université, a pris sa retraite anticipée, suite à des accusations de racisme. Après avoir fait l'appel au début des premiers cours, comme deux étudiants n'étaient pas présents, il demanda : "Est-ce que quelqu'un connaît ces gens ? Ils existent vraiment, ou bien ce sont des zombies ?" (Does anyone know these people? Do they exist or are they spooks? ) Or, en anglais, spook signifie zombie ou spectre, mais désigne aussi un noir dans l'argot d'il y a une cinquantaine année.

On voit ainsi la difficulté du traducteur qui ne peut traduire ce double sens et doit ajouter une note en bas de page pour l'expliquer. D'autant plus, que pour se défendre, Coleman Silk, professeur de littérature, expliquera que sa langue est la langue anglaise, celle des grands auteurs comme Shakespeare, qu'il connaît toutes les nuances des mots et qu'il ne peut employer un mot pour un autre.

Le titre pose également un problème de traduction. En effet, le titre original est The human stain. En anglais stain possède à la fois le sens propre d'une marque qui salit et le sens figuré  d'une atteinte à la réputation d'une personne. Or, le titre du livre est ici à comprendre selon ce deuxième sens qu'un lecteur anglais peut comprendre initialement, alors que le lecteur français ne peut le comprendre qu'en lisant le livre. Deuxièmement, l'adjectif humain disparaît dans le titre français. Le titre original laisse entendre que ce n'est peut être pas seulement la réputation de Coleman Silk qui est entachée, mais peut-être aussi celle de ceux qui l'ont accusé, et probablement de manière plus générale, c'est celle de toute personne de la société qui peut l'être. Une autre difficulté qui apparaît en français est que le titre sur la couverture est en majuscule. Le lecteur français ne sait donc pas s'il y a un accent circonflexe sur le a, et s'il faut comprendre la tache qui salit ou la tâche au sens d'un travail à accomplir. La nuance de l'anglais disparaît en français et une ambiguïté peut apparaître dans cette seconde langue.

Le style de Roth, drôle et ironique, tout en restant simple, est parfois proche de celui de Kundera, même s'il est moins explicatif ou moins porté sur la réflexion philosophique. De plus, l'épisode de Coleman Silk rappelle la Plaisanterie de Kundera où le personnage principal envoie à une de ses amies une carte postale sur laquelle il écrit une phrase, qu'il voulait comique, sur Trotski. Même s'il n'y a pas d'humour dans la phrase de Silk, Roth montre que le politiquement correct empêche de dire certaine chose ou peut être un prétexte pour attaquer quelqu'un. Kundera montre, lui, qu'il est difficile de rire à propos des idéologies, des régimes politiques totalitaires ou des religions. Le nom de Kundera est d'ailleurs cité plusieurs dans le livre.

L'auteur de La tache réussit à travers une fiction à décrire et à critiquer une Amérique puritaine, à la fin des années 90, au moment de l'affaire Lewinsky. Le récit n'est pas toujours chronologique, avec des retours en arrière - ou des flash-backs en bon français -, qui créent un certain suspens. Le lecteur comprend qu'il y a des choses dans la vie Coleman Silk que l'on ne sait pas encore. Dans certains paragraphes, le narrateur change pour donner un point de vue différent.

Ce livre a reçu différents prix : le PEN/Faulkner Award en 2001 et le  prix  Médicis étranger en 2002. Il a été adapté en 2003 au cinéma: La couleur du mensonge avec Anthony Hopkins, Gary Sinise et Nicole Kidman.

Roth est souvent cité pour le prix Nobel. Seulement, le comité semble peu porté ces derniers temps à récompenser des auteurs américains. Toni Morrison est le dernier auteur américain à recevoir le prix Nobel en 1993. En octobre 2008, l’ancien secrétaire de l’Académie Nobel, Horace Engdahl expliquait devant l'Associated Press :

Il existe bien sûr des auteurs forts dans toutes les grandes cultures, mais on ne peut pas nier le fait que l’Europe est toujours le centre du monde littéraire... pas les Etats-Unis [...]. Les auteurs américains sont trop sensibles à l’évolution de leur propre culture de masse. […] Les Etats-Unis sont trop isolés, trop insulaires. Ils ne traduisent pas assez et ne participent pas réellement au grand dialogue de la littérature. Cette ignorance est restrictive.

L'année suivante, le nouveau secrétaire perpétuel Peter Englund revient sur ces propos en énonçant qu'il est forcément plus facile pour les Européens d'être en phase avec la littérature européenne.

On peut toujours considérer qu'il y a des auteurs oubliés par le Nobel. Il est toujours temps de corriger cette négligence.