S'il n'a pas encore reçu le prix Nobel, Milan Kundera aura l'honneur d'être publié à La Pléiade de son vivant, comme Gide, Malraux, Martin du Gard, Montherland, Gracq, Ionesco, Sarraute, Borges, Sartre. Sortis en mars 2011, les deux volumes s'intitulent Oeuvre, au singulier, pour en souligner toute l'unité. Ils ne contiennent ni notes explicatives, ni les textes jugés secondaires, comme ceux de jeunesse (ainsi son premier livre, l'Homme, ce vaste jardin, publié en 53, qui est un recueil de poèmes), ni les textes de commande, articles ou préfaces, car selon Kundera, publier ce que l’auteur a supprimé est le même acte de viol que censurer ce qu’il a décidé de garder. Kundera exerce un contrôle sur ses écrits, où l'oeuvre est préférée à sa personne, tout comme il contrôle sa parole, puisque depuis 85, il n'accorde plus d'entretiens, mais accepte de répondre par écrit. Le romancier, explique-t-il, est celui qui, selon Flaubert, veut disparaître derrière son œuvre. Il doit donc renoncer au rôle de personnalité publique. En se prêtant à ce rôle, il met en danger son oeuvre, qui risque d'être considérée comme un simple appendice de ses gestes, de ses déclarations, de ses prises de position.

Publié en 1984, L'insoutenable  légèreté de l'être reste le roman de Kundera le plus explicatif, celui par lequel on peut commencer pour comprendre son ton singulier et ironique. L'auteur intercale ses remarques, comme des commentaires intelligents, moins présents dans d'autres romans. Il y reprend ses thèmes importants : la légèreté, le kitsch, le hasard, le sérieux et le non-sérieux. Dans la sixième partie du roman, Kundera donne une vision originale du kitsch, voile qui défigure la réalité et qui intervient dans différents domaines : les parades des États totalitaires, qui sont un folklore masquant la réalité plus sombre de la violence et de la répression ; le kitsch sentimental créant une image lyrique et idyllique d'une réalité bien plus nuancée ; le kitsch politique avec sa vision idéologique ou le kitsch des bons sentiments humanitaires, qui sont rarement désintéressés.

Son premier roman, La plaisanterie, est publié en 1967. Le personnage principal Ludvik est renvoyé de l'université et enrôlé de force dans l'armée pour avoir envoyé à son amie, lors d'un stage du parti pendant les vacances, une carte postale, sur laquelle il inscrit une phrase au second degré vantant Trotski. Avec ce roman, Kundera montre qu'il est impossible de rire à propos des idéologies, des régimes politiques totalitaires ou des religions, qui ne reconnaissent pas le non-sérieux.

 Entre 1959 et 1968, Kundéra écrits sept nouvelles regroupées dans Risibles amours publié en1968. Certaines ont donc été écrites avant La plaisanterie. C'est avec la première nouvelle, Personne ne va rire, que Kundera trouve son style :

Jusqu'à l'âge de trente ans, j'ai écrit plusieurs choses : de la musique, surtout, mais aussi de la poésie et même une pièce de théâtre. Je travaillais dans plusieurs directions différentes - cherchant ma voix, mon style et me cherchant moi-même. Avec le premier récit de Risibles amours (je l'ai écrit en 1959), j'ai eu la certitude de "m'être trouvé". Je suis devenu prosateur, romancier, et je ne suis rien d'autre.

Avec La vie est ailleurs, Kundera reçoit le prix Médicis étranger en 1973 et lui fait dire : Je suis un bizarre auteur français de langue tchèque. Le titre fait référence à Rimbaud. Dans ce roman, le poète Jaromil, montre que la jeunesse est l'âge lyrique avec toutes ses illusions.

Dans les années 70 après La valse aux adieux, Kundera pense ne plus écrire. Un an après son installation en France, il réussit à reprendre l'écriture avec des nouvelles en pensant écrire une suite de Risibles amours. Ce sera Le livre du rire et de l'oubli qui sera quelque chose de tout différent : non pas un recueil de nouvelles mais un roman, un roman en sept parties indépendantes mais à tel point unies que chacune d'elles, lue isolément, perdrait une grande partie de bon sens.

Romancier, il réfléchit aussi à la spécificité et aux possibilités du roman dans des essais tous écrits en français : L'art du roman (1986), Les testaments trahis (1993), Le rideau (2005), Une rencontre (2009).

À partir de 1995, avec La lenteur, Kundera écrit en français. Paraîtront ensuite L'identité en 1998 et L'ignorance en 2003. Les livres écrits en français sont de format court, avec une structure développée autour d'un même thème, et une articulation en petits chapitres. L'auteur explique passer de la sonate (grande composition à plusieurs mouvement qui contrastent) à la fugue, plus brève, mais polyphonique, superposant les variations sur un même thème.

À quand le prix Nobel de litérature pour Kundera ?