Le ministre de la culture a exclu des célébrations 2011 l'anniversaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline en 1961. L'Association des fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF), présidée par Serge Klarsfeld, s'est ainsi indignée du fait que l'on célèbre le cinquantenaire de la mort de Céline qui est aussi l'auteur de pamphlets jugés antisémites (Bagatelles pour un massacre, l'École des cadavres, Les beaux draps) qui ne sont pas réédités. L'association a demandé le retrait immédiat de ce recueil (des célébrations nationales 2011) et la suppression dans celui qui le remplacera des pages consacrées à Céline. Le communiqué explique que: À ceux qui s'offusqueraient de cette exigence, nous répondons qu'il faut attendre des siècles pour que l'on célèbre en même temps les victimes et les bourreaux. Frédéric Vitoux, de l'Académie française et auteur d'une biographie sur Céline, répond à cette polémique: C'est le mot “célébrations” qui est ambigu. Il ne s'agit pas de tresser des lauriers à l'écrivain. Le cinquantenaire de sa mort est une occasion de s'intéresser à son œuvre, d'examiner à nouveau ses zones d'ombre. On ne peut tout de même pas nier que c'est l'un des plus grands écrivains français. Si aujourd'hui la confusion entre la vie privée et la vie publique est de plus en plus courante, il s'agit cependant de distinguer l'auteur de ses prises de positions politiques.

Le Voyage au bout de la nuit reste un livre unique. Son style cru permet de décrire sans distance les horreurs de la guerre et de pouvoir mieux les dénoncer :

Donc pas d'erreur ? Ce qu'on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n'était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu'on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C'était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !... Rien à dire. Je venais de découvrir d'un coup la guerre toute entière. J'étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l'étais à ce moment-là pour bien voir la vache, en face et de profil. On venait d'allumer la guerre entre nous et ceux d'en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n'était pas près de s'éteindre le charbon ! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu'il semblait être et sa carne ne ferait pas plus de rôti  que la mienne quand le courant d'en face lui passerait entre les deux épaules.

Les descriptions les plus belles et captivantes sont celles de New-York, la ville verticale :

Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New-York c'est une ville debout. On en avait déjà vu des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et de fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.

Il décrit une série de voyage dans la nuit, la noirceur, la laideur : Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arriver. C'est le bout du monde.
 
Certains critiques, choqués par le style de Céline, ont parlé d'immondices, de dégoût, de vulgarité gratuite, de nihilisme total, de cynisme, ... Il a subi les pires critiques, injustes :

Le voyage au bout de la nuit, de Céline, 622 pages petit texte, où un carabin parle constamment comme un plombier, appartient tout à fait au genre roman poubelle ! À la chaudière, à la chaudière, à la chaudière ! Tout y passe, d'abord les souvenirs de guerre, ce qu'il y a de mieux dans ce livre, puis des souvenirs de femmes, puis des voyages imaginaires, souvenirs de cinéma, puis des morceaux surréalistes, etc., tout cela d'un esprit plus démagogique que populaire. Et pourtant M. Céline a du talent, et, dans ses meilleures pages, on entend comme un lointain écho d'Octave Mirbeau. Mais il a cru au roman poubelle. (Eugène Montfort, 1932)

Moins de critiques élogieuses, mais elles existent :

C'est là du populisme à vif, une nouvelle mystique communiste, le soliloque d'un réfractaire qui a tout vu, tout entendu, et qui, parce qu'il a tout compris, a tout absous ... On lui reproche son style, ce style bâtard de lettré et de gouape. Bah ! qu'importe la forme d'un style qui accroche de cette manière unique, dont l'accent est si profond, si poignant qu'il flanque instantanément à bas la littérature et ses procédés, pour hisser, au pavois, triomphalement - misérable et haute, fangeuse et pure, accablée de toute les hideurs, éclairées de toutes les beauté - la Vie. Du premier coup, Louis-Ferdinand Céline s'est classé hors cadre et a imposé un livre énorme. Saluons bas !

Au bout de quelques pages du Voyage au bout de la nuit, on est impressionné par le rythme et la musicalité qui se dégagent de ce style si original. On a envie de lire à haute voix pour mieux l'entendre. C'est la parole transposée dans l'écrit. Ce qui explique la fascination qu'il provoque chez les acteurs, tel Fabrice Luchini qui le récite par coeur.