Karl Jaspers
Par Jerome le jeudi 4 décembre 2008, 21:11 - Littérature - Lien permanent
Les philosophes ont souvent
l'image d'affirmer leurs idées avec autorité, l'avantage du verbe aidant.
Karl
Jaspers se place à l'opposé de cette impression. Son ton est au contraire
d'une grande modestie. Nous ne pouvons nous concevoir que dans nos limites :
celles de la vie, de la pensée, ... Toute vie est confrontée à l'expérience de
situations limites (mort, souffrance, culpabilité, ...) qui la place face à ses
propres échecs. La philosophie, la science, ou même l'existence tentent d'aller
au-delà de ses limites. L'attitude face à ces situations va déterminer
fondamentalement la philosophie (stoïcisme, épicurisme,
scepticisme,
hédonisme, ...). Refusant la
phrase de Ludwig
Wittgenstein, "ce dont on ne peut parler, il faut le taire", le philosophe
tente d'aller aux limites de la compréhension.
A coté de l'existentialisme athée de Sartre se trouve la place pour un
existentialisme chrétien. Pour Jaspers, l'homme a le don de transcendance :
L'homme existant n'est pas seulement être-soi vital, pas seulement
entendement abstrait, pas seulement esprit tendant à s'accomplir, il est tout
cela à la fois et, en tout cela, lui-même.
Ce sentiment de transcendance ne
peut que lui imposer une profonde humilité.
Ses idées les plus importantes s'expriment surtout par la scission objet-sujet
(Objekt-Subjekt Spaltung) qui mène à l'englobant (das Umgreifende). Toute
pensée est intentionnelle, c'est-à-dire qu'elle est toujours la pensée de
quelque chose. Elle se fixe sur un objet différent d'elle-même. Même lorsque le
sujet pense à lui-même, il devient autre chose pour lui. Comme l'explique
Sartre dans l'Être et le Néant, nous sommes toujours à distance de
nous-mêmes.
Ricoeur et Dufrenne décrivent dans Karl Jaspers et la philosophie de
l'existence, cette philosophie, toujours sur le point de se confondre
avec une philosophie du désespoir et de l'absurdité, qui se reconquiert
toujours comme philosophie de la substance et de la paix
.