Dans Surveiller et punir
(sous-titré Naissance de la prison), Michel Foucault analyse
l'évolution de la punition des crimes du 18 ème au 19 ème siècle.
Ce livre, publié en 1975, s'ouvre sur la description du supplice de Robert François Damiens qui tenta d'assassiner Louis XV en 1757. L'exécution de la sentence fut particulièrement pénible. Pendant l'écartèlement, les chevaux n'arrivant pas à lui arracher les membres, les bras et les cuisses de la victime ont été démembrés en lui coupant les nerfs et en lui hachant leurs jointures. Ni faisant toujours rien, le bourreau commença à couper les cuisses et les bras ; les chevaux réussirent alors à emporter les membres. Quand bien même certains doutaient qu'il fut mort, le tronc et le restant du corps de Damiens furent jetés au feu. Le tout mit quatre heures à brûler.
Une symétrie a lieu entre le crime et le châtiment d'un criminel : la langue est percée pour ceux qui ont blasphémé, les empoisonneurs sont aspergés de poisons, les meurtriers sont tués à leur tour, Damiens tenait dans sa main droite le couteau avec lequel il avait voulu tuer le roi et cette main fut brûlée avec du souffre.
Avant et sous l'Ancien Régime, la personne du souverain représente la loi, qui est sa volonté. Commettre un crime revient à faire offense au roi qui répond en manifestant sa toute-puissance. Le châtiment n'est donc pas une réparation du crime commis, mais il représente une sanction de l'autorité royale face à quelqu'un qui s'y est opposé.
Avec le matérialisme dialectique, Karl Marx a explicité le corps comme force de travail et montré les rapports de pouvoir et de domination qui s'y jouent. Par une démarche structuraliste, que l'on peut voir dans la continuité, Foucault explique que les méthodes punitives dépendent de la vision du corps que s'en fait l'autorité :
Il y a eu, au cours de l'âge classique, toute une redécouverte du corps comme objet de pourvoir.
À une époque donnée, le pouvoir politique, législatif, judiciaire et pénal établissent une peine du condamné jugée approprié par cette vision qu'ils se font du corps.
La sentence des condamnés va au cours de l'histoire évoluer vers une privation de liberté. La dénonciation de la barbarie des exécutions intervient, mais plusieurs autres explications, souvent plus importantes, entrent en jeu. Face à l'horreur des peines publiques, le peuple se rallie de plus en plus souvent à celui qui subit les tortures et le pouvoir craint des insurrections populaires pendant les exécutions. L'évolution de la police modifie la criminalité : de masse sur les personnes, elle passe de marge sur les biens (ce qui semble le contraire aujourd'hui : avec l'amélioration de moyens de surveillance, certains vols sont en baisse et la criminalité sur les personnes est en augmentation). Avec la démocratie, par un renversement de vocabulaire, le peuple devient souverain et la justice est désormais rendue en son nom. Les peines sont individualisées dans le but de dissuader et de corriger. Ainsi, l'abbé Gabriel Bonnot de Mably demande dans De la législation en 1776que le châtiment frappe l'âme plutôt que le corps. Les méthodes de surveillance dans les écoles, les pensionnats, les casernes, les ateliers et même les hôpitaux se développent et ces techniques disciplinaires sont importées dans l'univers carcéral. La pénalité moderne se rend plus réadaptative que punitive.
On peut regretter que Foucault ne donne pas vraiment de solutions pour améliorer les prisons ou proposer d'autres méthodes pénales. Il s'étonne souvent au cours du livre de la rapidité avec laquelle s'est développé l'enfermement comme réponse quasi-unique à la criminalité, alors que les déficiences de la prison ont été reconnues assez tôt : elle ne diminue pas le taux de criminalité et provoque le récidive. Seulement, on ne voit pas ce qu'il propose concrètement à la place.
La dernière partie est plus idéologique et n'est pas autant référencée historiquement que le restant du livre. Le rôle de la prison représenterait une gestion politique de l'illégalité. Son rôle serait de substituer à un illégalisme sauvage une délinquance inoffensive. Le pouvoir tirerait alors des bénéfices d'une délinquance apprivoisée et marginalisée qu'il exploite et qu'il peut contrôler. Un assujettissement des délinquants serait créé, qui ne supprimeraient pas les infractions, mais qui plutôt les distingueraient et les utiliseraient.
À une époque où les conditions détentions en France, avec entre autre une
surpopulation carcérale, sont souvent pointées du doigt, Surveiller et
punir offre un bilan historique de la punition des crimes et qui peut être
utile pour faire le point dans ce domaine. L'auteur explique que son livre doit
servir d'arrière-plan historique à diverses études sur le pouvoir de
normalisation et la formation du savoir dans la société moderne
. En ce
sens, il permet d'amorcer la réflexion et représente une promesse
d'amélioration. Pour Paul Ricœur,
Ce qui signifie que les générations futures reçoivent en héritage une promesse qui demande d'étudier ce qui a été fait par le passé pour le réutiliser aujourd'hui. Ce qui pourrait aussi permettre peut-être de rehausser le débat face aux propositions de l'actuelle majorité.La promesse n’est pas un acte ponctuel. Elle a son histoire. Et si on peut la considérer comme du futur, c’est quelle est en même la reconquête d’une dimension du passé. La promesse n’est pas seulement au futur, elle était le futur du passé. C’est le futur antérieur.
S'il n'a pas encore reçu le
Le
Un roman de plus de 2000 pages : 1023 pages
pour le premier tome et 1055 pages pour le deuxième. Mais il serait réellement
dommage d'être découragé simplement par l'épaisseur de ce livre. D'autant qu'il
se lit facilement : une trame historique forte, une quinzaine de personnages
principaux, même si plus de 500 personnages ont pu être comptés dans tout le
roman.
Le deuxième tome explique comment Napoléon,
ce génie militaire qui a conquis une grande partie de l'Europe, commet des
erreurs en Russie après la prise de Moscou : il aurait dû rester quelques temps
dans la ville pour consolider ses positions, commencer le ravitaillement des
troupes et les préparer au froid. Au lieu de ça, il préfère continuer la
conquête du pays. Les russes entament alors la tactique de la 
En lisant Le mythe de Sisyphe de
Camus, on découvre le désir de vivre de ce jeune homme de 29 ans, qui dans son
enfance a eu la tuberculose. Le livre s'ouvre sur la phrase de
L'Académie suédoise a décerné le prix Nobel de littérature à Jean-Marie Gustave
Le Clézio qui est, pour elle, un
Les philosophes ont souvent
l'image d'affirmer leurs idées avec autorité, l'avantage du verbe aidant.
Claude Lévi-Strauss vient d'avoir 100
ans le 28 novembre dernier. En ouvrant la première page de Tristes tropiques,
on se demande comment quelqu'un qui a tant voyagé peut haïr les voyages et les
explorateurs. C'est que le véritable voyage n'a rien à voir avec le tourisme.
Les kilomètres parcourus justifient-t-ils des récits de voyages ? L'explorateur
peut-il proférer des banalités simplement parce qu'il est allé loin ?